Selma Lagerlöf

Selma Lagerlöf
Selma Lagerlöf en 1906 © photo Anton Blomberg, Stockholm

Selma Lagerlöf naît en novembre 1858 dans une vieille famille de la province suédoise du Värmland. Son père est lieutenant dans l’armée et la famille habite le manoir de Mårbacka. Selma est la cinquième de six enfants. Une malformation de la hanche entrave ses mouvements et, toute petite, elle trouve refuge dans la lecture et dans les contes de fées que lui raconte sa grand-mère. Très tôt, elle décide de devenir écrivain. Vers la fin des années 1880, les Lagerlöf sont contraints de vendre le domaine familial. Selma se promet de tout faire pour le racheter un jour.

À vingt-quatre ans, elle part pour Stockholm suivre les cours de l’école normale. Elle sera affectée à l’école de filles de Landskrona, en Scanie, où elle enseignera pendant dix ans. C’est là qu’elle entame son premier roman, La Légende de Gösta Berling, dont elle envoie les premiers chapitres au jury d’un concours littéraire. Elle remporte le prix : un contrat avec un éditeur. Le livre sera donc publié en 1891. Les premières recensions sont tièdes, mais un célèbre critique danois, qui a lu l’ouvrage en traduction, en fait l’éloge, assurant à son auteure un début de renommée. D’autre part, Fredrika Limnell, mécène et féministe, aide financièrement Selma Lagerlöf afin que celle-ci puisse se consacrer à l’écriture, ce qu’elle fait dès 1895, abandonnant l’enseignement au profit d’une carrière d’écrivain.

Dans le même temps, elle rencontre la traductrice et femme de lettres Sophie Elkan, qui devient sa compagne. Une histoire d’amour qui reste secrète, l’homosexualité féminine étant punie par la loi dans la Suède de l’époque, ce qui n’était pas le cas dans le reste de l’Europe. Mais, deux ans plus tard, très engagée dans le soutien au droit de vote des femmes, elle rencontre la suffragette Valborg Olander, qui va devenir sa conseillère littéraire, son agent, son assistante, et aussi la rivale de Sophie Elkan…

En 1900, à quarante-deux ans, elle se rend à Jérusalem où elle visite la « colonie américaine », une petite communauté chrétienne fondée vingt ans plus tôt par un groupe d’expatriés américains. La colonie mène des activités philanthropiques auprès des habitants de Jérusalem, sans distinction de religion. Ce séjour lui inspirera les deux tomes de son roman Jérusalem qui obtient un vrai succès critique : on compare l’auteure à Homère, à Shakespeare. Elle devient une plume reconnue et célébrée en Scandinavie comme ailleurs.

En 1902, l’association des instituteurs suédois décide de solliciter des auteurs de renom pour rédiger les manuels scolaires du pays. C’est pour répondre à cette commande que Selma Lagerlöf écrit Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Son « cahier des charges » : fournir aux petites classes de l’école primaire un livre de lecture donnant une description vivante de la faune et de la flore suédoises, et raconter l’histoire des provinces du pays à travers leurs légendes.

Le premier tome paraît le 24 novembre 1906. Son succès est immédiat : les enfants du nord de la Suède, que Nils n’a pas encore visité, la supplient d’amener le jeune héros dans leur région. (À l’usage, l’ouvrage se révélera trop volumineux pour être lu par les élèves en une seule année scolaire. Selma Lagerlöf l’abrégera donc quinze ans plus tard, supprimant les informations encyclopédiques au profit du récit des aventures de Nils.)

En 1904, l’Académie suédoise, institution inspirée de l’Académie française, lui décerne sa médaille d’or, puis en 1909, fait d’elle la première femme lauréate du prix Nobel de littérature et, en 1914, la première femme élue parmi ses membres. En 1910, son prix Nobel lui permet de réaliser son rêve : racheter Mårbacka, le manoir de son enfance, où elle vivra jusqu’à la fin de ses jours. À la mort de Sophie Elkan, en 1921, elle transforme une salle de Mårbacka en un musée consacré à son amie. Plus tard, elle aidera la poétesse Nelly Sachs, avec qui elle entretient de longue date une correspondance, à enfin obtenir le visa suédois qui lui permettra d’échapper aux camps nazis.

Selma Lagerlöf meurt d’une péritonite en mars 1940, à l’âge de quatre-vingt-deux ans.